Le scandale et la folie de la croix (1)
"Nous prêchons Christ crucifié, scandale pour les Juifs et folie pour les païens" (1 Corinthiens 1. 23).
La croix est devenue un objet de décoration. On la porte autour du cou, parfois en boucle d’oreille, elle indique le sommet des montagnes. ça ne choque personne. Mais imaginez porter une chaise électrique en pendentif. Imaginez qu'il y ait sur un sommet un instrument qui servant à décapiter les condamnés à mort par la chute d'un couperet qui glisse entre deux montants verticaux. Ce serait pour le moins bizarre, macabre.
Dans l’Antiquité, la croix était le pire des châtiments, une forme d’exécution de la plus haute cruauté, empruntée aux barbares. La croix était réservée aux sujets de classe inférieure. Cicéron, célèbre orateur romain, parle de la croix comme du supplice des esclaves, cruel et méprisant. Les citoyens romains en étaient, en principe, exemptés. La croix était une infamie, un sujet de honte, de dégoût. Les Romains évoquaient encore avec horreur la crucifixion de 6.000 esclaves suite à la révolte de Spartacus en 71 avant Jésus-Christ. Des condamnés cloués sur des croix, sur les 195 km de la route nommée "la via Appia" qui menait à Rome. La croix a été pour les premiers chrétiens une redoutable interrogation. Comment leur Maître a-t-il pu subir une mise à mort aussi dégradante, infâme, douloureuse, cruelle et sadique ? Les premières représentations de la croix n’apparaissent qu’à la fin de l’Antiquité.
La croix, au cœur de l’enseignement des Apôtres
"Car j’ai décidé de ne rien savoir parmi vous, sinon Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié" (1 Corinthiens 2. 2).
Ceux qui vous imposent la circoncision sont des gens qui veulent faire bonne figure devant les hommes. Ils n’ont qu’un seul but : éviter d’être persécutés à cause de la mort du Christ sur la croix (Galates 6. 12).
Les premiers chrétiens étaient placés devant un choix difficile. Quel aspect de la vie du Christ faut-il mettre en évidence ? Faut-il mettre l’accent sur le Christ qui fait des miracles, le Christ qui fait des miracles, qui guérit ? Faut-il valoriser le Christ, le logos qui incarne la sagesse humaine, ou le Christ qui enseigne et révèle les mystères du Royaume de Dieu ? Faut-il mettre la priorité sur l’enseignement éthique du Sermon sur la montagne : « Ne faites pas aux autres ce que vous n’aimeriez pas qu’on vous fasse » ? (Voir Matthieu 7. 12). Faut-il mettre l’accent sur le Christ qui donne un nouvel éclairage à la loi de Moïse ? Tous ces aspects sont importants. Or ils sont universels, partagés par d’autres religions. Aucun n’est spécifiquement chrétien. Le cœur, la centralité de la foi chrétienne, c’est la Croix du Christ, scandale pour les Juifs et folie pour les païens, mais pour ceux qui sont sauvés, elle est la puissance même de Dieu, l’expression même de la sagesse de Dieu.
La croix, point de rencontre entre Dieu et les êtres humains
"Car la vie de la chair est dans le sang… c’est le sang qui, par la vie, fait l’expiation" (Lévitique 17. 11).
"La première alliance elle-même n’a pas été inaugurée sans effusion de sang. D’ailleurs, selon la loi, presque tout est purifié avec du sang, et sans effusion de sang il n’y a pas de pardon" (Hébreux 9. 18, 22).
Pourquoi la centralité de la croix ? Il y va de notre salut. Il y va de notre réconciliation avec Dieu. La question du salut a préoccupé, voire hanté toutes les générations humaines… sauf la nôtre. Nous sommes probablement l’une des premières générations dans l’histoire de l’humanité à avoir mis cette question de côté. C’est ce qui rend le témoignage chrétien si difficile…
De tout temps, les êtres humains ont considéré le salut comme le fruit de leurs efforts. A force de piété, d’efforts, de pratiques religieuses, de sacrifices offerts à Dieu, ils espèrent pouvoir obtenir ses faveurs. Ainsi l’être humain a mis en place de nombreux systèmes religieux de nature à nourrir sa piété pour lui permettre de franchir la distance qui le sépare de Dieu.
Pourquoi le Christ devait-il mourir ? A cause de la gravité du péché
"Car tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu" (Romains 3. 23).
"Mais ce sont vos crimes qui mettent une séparation entre vous et votre Dieu ; ce sont vos péchés qui vous cachent sa face et l’empêchent de vous écouter" (Ésaïe 59. 2).
La notion de péché est difficile à entendre pour nos semblables car elle est chargée d’un poids de culpabilité morale que l’on trouve inapproprié. Pour l’hébreu, péché signifie simplement « rater la cible, échouer ». Chaque humain peut se reconnaître dans cette définition. Il y a toujours de l’inachevé, de l’échec dans toute vie humaine. Prenons cet exempla : Dieu nous a offert un bateau pour la traversée d'un océan en lieu sûr. Il nous a dit : "Ne traversez pas à la nage. Venez dans mon bateau". Et l’humanité a refusé l'offre de Dieu par orgueil en pensant être capable de s’en sortir par elle-même. Et dans la foulée, elle a désobéi au Dieu Créateur en ne montant pas dans le bateau. Or nous sommes bien trop mauvais nageurs pour espérer traverser un océan. La seule issue possible c’est la mort. Le péché, c’est le refus de l’Amour de Dieu, la rébellion contre Lui, la prétention à pouvoir vivre sans Lui, à pouvoir prendre sa place.
Mais au milieu de l’océan, la croix vient comme un radeau, comme une planche de salut. La croix est le moyen unique et absolument nécessaire que Dieu nous offre pour être sauvé. A la croix, Dieu exprime pleinement et parfaitement sa Colère et son Amour, sa Sainteté et sa Grâce. A la croix, le péché est condamné, éradiqué, et les pécheurs sont sauvés et réconciliés avec leur Créateur. La croix est à la fois « l’instrument du jugement de Dieu » et le lieu où nous sommes graciés. Sans le sacrifice du Christ à la croix, pas de grâce en notre faveur, pas de justice qui puisse nous être attribuée.
Pourquoi Jésus-Christ devait-Il mourir sur la croix ? Dieu ne peut-il pas simplement pardonner ? Lui qui nous appelle aussi à pardonner. Pourquoi la croix est-elle absolument nécessaire à notre pardon et à notre salut ? Certains affirment que Dieu n’a pas besoin de la croix pour nous pardonner. Ils affirment avec raison que Dieu est Amour et qu’il nous pardonne par grâce. Mais ils prétendent ensuite, à tort, que la mort du Christ sur la croix ne serait qu’un symbole, une image de l’étendue de l’Amour de Dieu. Au contraire, la croix du Christ est une nécessité absolue pour que nous puissions être réconciliés avec Dieu et être sauvés pour la vie éternelle. La croix est précisément le lieu historique où l’Amour et la Grâce de Dieu s’expriment en notre faveur. A cause de la gravité du péché et de la sainte Majesté de Dieu, sans la croix il n’y aurait jamais eu de réconciliation et de salut.
"Car il a plu à Dieu de faire habiter en lui [Jésus-Christ] toute plénitude et, par lui, de tout réconcilier avec lui-même, aussi bien ce qui est sur la terre que ce qui est dans les cieux, en faisant la paix par lui, par le sang de sa croix. Quant à vous qui étiez autrefois étrangers et ennemis, dans votre façon de penser et par vos œuvres mauvaises, il vous a maintenant réconciliés, par la mort de son Fils, dans son corps humain, pour vous faire paraître devant lui saints, sans défaut et sans reproche" (Colossiens 1. 19-22).
A SUIVRE...
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